La ville en colère : mobilisations et citoyennetés populaires à Paris, 1725-1789

Les projets
en cours
des membres
du GRHS

Ce projet réunit
Sophie Abdela (U. Sherbrooke),
Pascal Bastien (UQAM),
David Garrioch (Monash U.)
Dominique Godineau (U. Rennes 2)
et Vincent Milliot (U. Paris 8)

 

Depuis une vingtaine d’années, dans le monde de la politique comme dans les médias contemporains, les discours sur le peuple se sont multipliés au gré des crises. Bien que l’on continue toujours d’imaginer le peuple comme une abstraction ou une projection, les mouvements populaires révèlent, au contraire, des populations concrètes, complexes, engagées et mobilisées. Ces populations agissent et passent à l’action, osent penser l’avenir – certes, sans unanimité – et participent activement à la construction de la société de demain. Avec les gilets jaunes en France, la révolution du sourire en Algérie ou la mobilisation des Hongkongais contre le gouvernement chinois, 2019 avait déjà démontré la vigueur d’un peuple qui, s’il défiait toute définition trop rigide, témoignait des enjeux qui, dans la rue, rejouait les cartes du droit et de la souveraineté. 2020 n’est pas en reste puisqu’on y trouve l’enchevêtrement de revendications collectives contradictoires, opposant dans la rue des militants pour ou contre « Black Lives Matter », ou pour ou contre le port du masque dans le cadre de la crise sanitaire.

Cette actualité mouvementée nous invite à faire un retour vers les révoltes passées. Pour revisiter les comment et les pourquoi des mobilisations populaires, le Paris du XVIIIe siècle est un laboratoire particulièrement riche. En effet, la ville de Paris avant la Révolution française présente, à travers des archives abondantes et inédites, des acteurs, des voisinages, des forces de l’ordre et des médias qui, pendant un siècle, s’interrogent constamment sur les questions de justice, de légitimité et de représentation politique. Pendant les règnes de Louis XV et Louis XVI, la notion même de souveraineté est mise à mal, ou à tout le moins déchirée par celles et ceux qui en revendiquent une part. Ces enjeux ne sont pas réservés aux salons et aux cafés : au contraire, ils se retrouvent à la bouche – et au poing – des artisans et des journaliers, des hommes et des femmes, des Parisiens de naissance et des étrangers. Pour comprendre comment l’engagement, la mobilisation et la violence fabriquent des formes inédites ou réinventées de paroles citoyennes, ce projet propose une histoire de la colère urbaine et de la mobilisation politique qu’elle induit, en choisissant de vraiment comprendre les motivations derrière les différentes formes d’émotions et d’insurrections dans la ville. Il ne s’agit pas de répéter une 1000e fois que le peuple est en colère : nous voulons plutôt entendre les frustrations et les motivations individuelles que l’éclat du conflit a tendance à étouffer. Ce projet se divise en quatre objectifs spécifiques qu’il conviendra de croiser : l’établissement d’un lexique de la révolte, la reconstitution d’une géographie urbaine de la résistance et l’identification des acteurs mobilisés, d’une part, et des formes de la répression, d’autre part.

Que l’on soit manifestant ou contre-manifestant, comment peut-on collectivement dire non? Comment passe-t-on d’individus isolés et anonymes, dispersés au hasard sur les boulevards et les marchés, à une forme solidaire du populaire, unifiée, contestataire, révoltée? Au ras-du-sol, quels rythmes, quelles logiques de mobilisation permettent de comprendre comment le peuple se construit et se reconnaît comme tel?

 


Procès-verbal du commissaire Chauvin « au sujet d’une émotion populaire arrivée au faubourg Saint Antoine », 9 juillet 1725.
Paris, Archives nationales, Y//10033.
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