Programmation
scientifique

Programmation scientifique

Programmation 2020-2021 ___

Dans un cadre d’histoire sociale et culturelle,
le centre GRHS s’intéresse à la citoyenneté
avant la démocratie.

Contre une perspective linéaire de la citoyenneté qui postule une corrélation directe entre la montée de l’autonomie juridique de l’électeur et le déclin du pouvoir de contrainte de l’État, nous interrogeons la multiplicité des moments, des acteurs, des lieux, des discours et des relations qui non seulement construisent du politique, mais qui accompagnent aussi la formation d’identités vécues et revendiquées. 

La notion de modernité est souvent réfléchie comme un moment d’émancipation collective. Or, pendant toute la période moderne, la reconnaissance de droits sociaux, le suffrage ou même l’abolition de l’esclavage se superposent non seulement à des aliénations qui résistent, mais aussi à de nouvelles exclusions, comme le démontre aisément l’histoire de la colonisation. Réunissant différentes enquêtes d’histoire sociale, culturelle et politique du politique, le GRHS déverrouille les oppositions binaires entre l’ancien et le moderne, le local et le global, le rituel et l’informel, le peuple et l’élite, l’urne et la rue, la violence et la démocratie afin de penser la modernité et les itinéraires de la citoyenneté hors de toute linéarité réductrice et simplificatrice. Depuis la Renaissance jusqu’à l’âge des révolutions se jouent, non sans conflit, l’intégration de communautés locales et de catégories sociales dans le débat politique ; l’apprentissage pratique du politique par la revendication ; l’acquisition d’identités politiques dessinant les grands partages partisans à venir ; et la difficile et tortueuse transition vers la représentation politique et la démocratie. Le conflit, donc, est au cœur de notre thématique puisqu’il nourrit la parole, dérègle des représentations et ne quitte jamais le processus d’émancipation qui, à des rythmes certes inégaux, traverse toute la période. Comment s’inclure dans le politique quand on n’y est pas convié? Qu’est-ce que le peuple? Qui sont ses passeurs locaux qui tâchent de réunir le peuple au principe médiéval de souveraineté populaire? Plus que l’expérience du vote, une série de pratiques informelles, en marge des autorités reconnues, ont aussi leur place et inventent ou maintiennent des espaces légitimes d’émancipation. Il faut ainsi prendre en compte des gestes disqualifiés par les institutions, comme la rumeur ou l’iconoclasme, puisqu’elles peuvent aussi appartenir à la communication politique. Processus cumulatifs et possibilités oubliées sont au cœur des travaux des membres du centre et entraînent des débats sur la chronologie, la nature politique et les modalités de politisation populaire. A notre époque de tous les populismes, ces questions deviennent non seulement fondamentales, mais particulièrement urgentes.

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