Séminaire_3_Diffusion, circulation et appropriation des savoirs

Nicolas Guérard, Pour débiter choses nouvelles…, vers 1680, Musée Carnavalet
Séminaire
GRHS

___

Sous la responsabilité de

Peggy Davis (UQAM)
et Lyse Roy (UQAM)

Le séminaire privilégiera les circuits et les transmissions de l’imprimé sous toutes ses formes, sans pour autant exclure les autres productions (et marchandises) de la connaissance.

___
Les séances se tiendront en comodal, au local A-6280 à l’UQAM et par visioconférence :
https://uqam.zoom.us/j/81339127491

Programmation ___

Mercredi 28 septembre 2022

12h30 – 13h45 — Montréal

Batailles aux Amériques : réflexions sur les rôles et fonctions de pérennisation de la gravure dans le Mercure galant

Présenté par Marie-Lise Poirier (UQAM) et Peggy Davis (UQAM)
___

Le Mercure galant, recueil périodique royaliste, est illustré dès 1678 à l’initiative de son fondateur, Jean Donneau de Visé. En plus d’examiner les gravures représentant des batailles menées dans les colonies des Amériques, cette communication interroge les fonctions de l’image et ses modes de pérennisation du règne de Louis XIV tout en réfléchissant à la place de la gravure dans le Mercure galant et sur le marché de l’imprimé parisien aux XVIIe et XVIIIe siècles.

___
Marie-Lise Poirier est doctorante en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal. Sa thèse entend examiner la manière dont les interactions entre Paul Gavarni, son réseau de sociabilité et le contexte de l’époque ont influencé son identité artistique plurielle.
Peggy Davis est professeure en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal.  Spécialiste de la culture visuelle imprimée des XVIIIe et XIXe siècles, ses recherches portent sur l’estampe, le livre à gravures et la caricature. Elle codirige avec sa collègue Lyse Roy l’équipe Viator et son programme de recherche Récits de l’ailleurs : réception et lecture des ouvrages viatiques illustrés des XVIIe et XVIIIe siècles.

Vendredi 21 octobre 2022

12h30 – 13h45 — Montréal

« Porcelaines des Sauvages » : circulation, appropriation et représentation d’un objet emblème en France au XVIIIe siècle

Présenté par Clémence Fort (ENS Paris)
___

Avec l’essor du projet colonial en Amérique du Nord au 18e siècle, les « porcelaines des Sauvages » en provenance de Nouvelle-France et issues de la collecte apparaissent dans les collections françaises. Leur circulation engendre des représentations qui documentent les nombreux imprimés de cette époque allant des récits de voyages aux atlas historiques. Naturalistes et amateurs s’intéressent aussi à la manière dont les objets sont fabriqués et imités. Ils les incluent alors dans une culture visuelle scientifique et esthétique nouvelle. Cette présentation examinera la manière dont « les porcelaines des Sauvages » invitent à repenser la géopolitique du collectionnisme à partir des enjeux artistiques, scientifiques et économiques. Nous étudierons la façon dont les « porcelaines des Sauvages » participent à la diffusion esthétique, historique et scientifique de l’entreprise coloniale de la Nouvelle-France au 18e siècle.

___
Clémence Fort est actuellement doctorante contractuelle en deuxième année au sein de l’université PSL (ENS) à Paris. Sa thèse intitulée : « Collecter les Americana : la Nouvelle-France dans les cultures visuelles et l’art des Lumières (v. 1700-1763) » est dirigée par Charlotte Guichard. Les recherches de Clémence s’inscrivent au croisement d’une histoire de l’art renouvelée par l’histoire de la collecte, des collections et des cultures visuelles et matérielles.

Vendredi 25 novembre 2022

12h30 – 13h45 — Montréal

« Lady C. thus write and dashes » : Mise en page du récit épistolaire Voyage en Crimée et à Constantinople et A Journey Through the Crimea to Constantinople (1789) d’Élizabeth Craven

Présenté par Lyse Roy (UQAM)
___

La rédaction du récit de voyage épistolaire d’Elizabeth Craven (1750-1828) fut notamment motivée par une volonté d’authentification de sa propre voix alors que son mari s’exposait publiquement en Angleterre au côté d’une maitresse qu’il faisait passer pour sa femme : en documentant ses déplacements en Europe jusqu’à Constantinople, Elizabeth Craven dénonçait ainsi, lettre après lettre, l’imposture. Le récit épistolaire porte également des marques graphiques de silences éloquents traduits par un usage intense de tirets, qui n’était pas toujours apprécié des lecteurs contemporains. Après avoir contextualisé l’usage des tirets dans la culture de l’imprimé du XVIIIe siècle, cette conférence s’intéresse à l’espace visuel et graphique du récit viatique d’Élizabeth Craven. En comparant la mise en page des éditions anglaise et française, parues toutes deux en 1789 et en portant une attention particulière à l’usage des tirets longs et courts, nous cherchons à comprendre les choix de l’autrice et de ses éditeurs dans la mise en page et la mise en texte du récit et à mettre de l’avant leur rôle dans le soutien et la suspension de la parole et des silences d’Elizabeth Craven. On s’interrogera également sur l’influence qu’ils induisent sur la manière de lire l’œuvre et sur sa réception, du XVIIIe au XXIe siècle.

___
Lyse Roy est professeure au département d’histoire de l’UQAM. Spécialiste de l’histoire culturelle de la période moderne et de l’histoire du livre, membre du CIREM 16-18 et du GRHS, elle co-dirige avec Peggy Davis un projet de recherche intitulé Récits de l’ailleurs : réception et lecture des ouvrages viatiques illustrés des XVIIe-XVIIIe siècles (CRSH, 2022-27).

Vendredi 27 janvier 2023

12h30 – 13h45 — Montréal

Mémoires et roman : les rapports entre vérité et fiction au XVIIIe siècle

Présenté par Marc André Bernier (UQTR)
___

Aux confins des XVIIe et XVIIIe siècles, l’histoire du roman est marquée par une évolution essentielle. On voit alors s’affirmer une nouvelle manière d’écrire des ouvrages d’imagination, qui procède d’une décision délibérée de la part des romanciers d’imiter le genre des Mémoires historiques. Il devait en résulter le triomphe d’une forme particulière de récit, devenue emblématique du roman des Lumières : le roman-mémoires, rédigé à la première personne et se donnant à lire comme une histoire authentique. À ce titre, le xviiie siècle représente l’un des épisodes les plus significatifs dans la longue histoire des rapports entre la vérité et la fiction, qui intéressent de si près notre époque. C’est même dans les fictions qu’invente le siècle des Lumières que s’exprime pour la première fois une mutation cruciale de l’idée de vérité, qui s’éloigne désormais d’une définition strictement théologique ou philosophique, pour chercher un fondement nouveau dans le récit d’une expérience personnelle du monde qu’inspire l’imagination.

___
Professeur à l’Université du Québec à Trois-Rivières, Marc André Bernier est membre de la Société royale du Canada et directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la première modernité. Ses travaux portent sur les rapports entre littérature et philosophie, l’histoire de la rhétorique, le Nouveau Monde et l’écriture des femmes. Il a fait paraître cette année, avec Kim Gladu et Huguette Krief, La Vertu féminine, de la cour de Sceaux à la guillotine (Classiques Garnier, 2022) ; avec Andréane Audy-Trottier, Nicholas Dion, Cyril Francès et Kim Gladu, Une encyclopédie de la pensée moderne. Les collections anciennes de l’Université du Québec à Trois-Rivières (PUL, 2022) ; et, avec Zeina Hakim, Mémoires et roman : les rapports entre vérité et de fiction au XVIIIe siècle (Hermann, 2022, sortie le 25 janvier 2023). Ce dernier ouvrage fera l’objet de cette conférence.

Vendredi 10 février

12h30 – 13h45 — Montréal

L’ermite Toussaint Cartier, veuf inconsolable, dans The History of Emily Montague (1769) de Frances Brooke

Présenté par Claude La Charité (Université du Québec à Rimouski)
___

Frances Brooke publie en 1769 le roman épistolaire The History of Emily Montague qui prend pour cadre le Canada, que l’écrivaine connaît pour y avoir séjourné en compagnie de son mari, aumônier anglican de l’armée britannique. Alors qu’elle-même s’était fait connaître comme traductrice en anglais d’un roman de Marie-Jeanne Riccoboni, son History of Emily Montague connaîtra quatre traductions en français en moins d’un siècle : en 1770, par Jean-Baptiste-René Robinet et Joseph-Pierre Fresnais et, en 1809, par une certaine « Madame T.G.M. ». Quant à Elzéard Gauvreau, il traduira en 1867 uniquement le chapitre où il est question de l’ermite Toussaint Cartier, personnage historique qui a vécu presque 40 ans sur l’île Saint-Barnabé au large de Rimouski. C’est d’ailleurs grâce à Frances Brooke que l’ermite entre en littérature sous les traits d’un veuf inconsolable. Il s’agira d’étudier la construction du personnage littéraire de l’ermite à la fois dans l’original anglais et dans les traductions françaises.

___
Claude La Charité est professeur de lettres et écrivain. Titulaire de la Chaire de recherche du Canada en histoire littéraire et patrimoine imprimé à l’Université du Québec à Rimouski, il co-dirige la revue L’Année rabelaisienne et fait partie du collectif de rédaction d’XYZ. La revue de la nouvelle. Il a publié La Rhétorique épistolaire de Rabelais chez Nota bene en 2003 et L’invention de la littérature québécoise au XIXe siècle au Septentrion en 2021. Il a signé trois livres de fiction à L’Instant même : en 2015, La pharmacie à livres et autres remèdes contre l’oubli, une autofiction mâtinée d’humanisme et teintée d’humour noir; en 2018, Le meilleur dernier roman qui se moque avec finesse et gravité du milieu universitaire et littéraire; et en 2021, Autopsie de Charles Amand, la suite de L’influence d’un livre. Il publiera en 2023 L’œil de l’ermite, à propos du solitaire Toussaint Cartier.

Vendredi 17 mars

12h30 – 13h45 — Montréal

La gravure comme motif: transferts et cultures visuelles autour de 1800

Présenté par Camilla Murgia (Université de Lausanne)
___

Ma contribution vise à discuter de la capacité de la gravure à transmettre un motif, à le mettre en question et à le pérenniser. La période autour de 1800 est une période cruciale pour l’estampe puisque l’image imprimée connaît un essor sans précédent. De même, on constate une grande diversification des fonctions et un échange ponctuel entre différentes approches et démarches visuelles. Les multiples fonctions de l’estampe sont au cœur de cette diversité et permettent de questionner les enjeux de la reproduction de l’image avant l’ère de diffusion à très large échelle. C’est cette « phase du milieu » que je souhaite discuter dans le cadre de cette conférence, et notamment la multitude des supports (éphémères de l’imprimé, images imprimées pour des objets du quotidien tels que des cartes de visite ou des étiquettes de biens de consommation, et cetera) et les interactions visuelles et artistiques qu’elle permet.

___
Camilla Murgia a étudié histoire de l’art à l’Université de Neuchâtel (Suisse). Puis doctorat à l’Université d’Oxford (Royaume Uni), avec une thèse sur Pierre-Marie Gault de Saint-Germain (c.1752-1842). Elle a été par la suite Junior Research Fellow au St John’s College, Université d’Oxford (Royaume Uni). Puis enseignement aux universités de Neuchâtel et Genève. Depuis 2018 elle est Première assistante en histoire de l’art contemporain à l’Université de Lausanne, avec un projet qui porte sur les relations entre théâtre et beaux-arts dans le long 19e siècle.
Axe de recherche correspondant ___
X