Séminaire_3_Diffusion, circulation et appropriation des savoirs

Nicolas Guérard, Pour débiter choses nouvelles…, vers 1680, Musée Carnavalet
Séminaire
GRHS

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Sous la responsabilité de

Peggy Davis (UQAM)
et Lyse Roy (UQAM)

Le séminaire privilégiera les circuits et les transmissions de l’imprimé sous toutes ses formes, sans pour autant exclure les autres productions (et marchandises) de la connaissance.

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Les séances se tiendront en comodal à l’UQAM et par visioconférence :
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

Programmation ___

Vendredi 20 octobre 2023

12h30 – 13h45 — Montréal
En comodal — local R-4215 et Zoom
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

 

Dans les marges du monde : Analyse des ornements sur une carte géographique imprimée de 1532

Présenté par Alban Berson (cartothécaire BAnQ)
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Typus Cosmographicus Universalis est une carte anonyme souvent attribuée à Sébastian Münster (géographe) et à Hans Holbein le Jeune (graveur). C’est une gravure sur bois publiée pour la première fois à Bâle en 1532 dans l’ouvrage de Johann Huttich, Novus orbis regionum ac insularum veteribus incognitarum. Composé et préfacé par Simon Grynaeus et contenant un commentaire de Sebastian Münster, l’ouvrage est un recueil de récits de voyage rassemblés par Huttich. Parmi les auteurs, on trouve Marco Polo, Christophe Colomb ou encore Pierre Martyr d’Anghiera. Mais ceux dont le graveur s’est inspiré pour les spectaculaires ornements de la carte sont Ludovico di Varthema, Amerigo Vespucci et Alvise Cadamosto. Du point de vue topographique, la carte est à la fois très schématique et déjà obsolète au moment de sa parution. Les ornements, en revanche sont très éloquents. L’un d’entre eux offre même une piste quant à la question de l’attribution de la carte au tandem Münster-Holbein.

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Alban Berson est cartothécaire à Bibliothèque et Archives nationales du Québec et membre du Comité consultatif canadien de la Mémoire du monde de l’UNESCO. Il a enseigné l’histoire du livre et de l’imprimé à l’Université de Montréal pendant une dizaine d’années. Il étudie les récits de voyage et la construction du savoir géographique à travers les siècles. Dans ses travaux, il s’attache à inscrire l’histoire de la cartographie dans celle, plus large, des sciences, de la pensée et de la spiritualité. En 2022, il a publié L’île aux Démons et autres mirages cartographiques de l’Amérique du Nord, 1507-1647 aux Éditions du Septentrion et travaille actuellement à un livre sur les ornements sur les cartes géographiques anciennes.

Vendredi 19 janvier 2024

12h30 – 13h45 — Montréal
En comodal — local R-4240 et Zoom
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

Vous comprendrez très bien l’importance de ces pièces » : circulation et appropriation des anciens documents jésuites au XIXe siècle

Présenté par Fannie Dionne 
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Aux XVIIe et XVIIIe siècles en Amérique du Nord-est, les missionnaires jésuites ont mis sur papier les langues des peuples autochtones dans divers documents manuscrits. Mais en 1800, le dernier jésuite de la mission de la « Nouvelle-France » s’éteint : leurs documents sont dispersés. Lors du retour des Jésuites au Canada en 1844, certains ont commencé à récupérer des manuscrits de leur ancienne mission. Parfois, le réseau de circulation peut être reconstitué en tout ou en partie, permettant de tracer les contours de l’intérêts de diverses personnes (prêtres, collectionneurs, Autochtones) pour ces documents anciens. Je propose de présenter la circulation et l’appropriation, aux XIXe et XXe siècles, du savoir contenu dans les documents de la première mission jésuite aujourd’hui dans les Archives des jésuites au Canada. Une attention particulière sera portée aux documents sur les langues autochtones. Si la majeure partie de cette transmission s’est faite sous forme manuscrite, l’imprimé y a aussi joué un rôle.

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Fannie Dionne a obtenu son doctorat en histoire à l’Université McGill et a terminé en 2023 un stage post doctoral en histoire à l’UQAM. Elle travaille aujourd’hui comme historienne de projet pour les Jésuites du Canada, en plus de collaborer avec diverses organisations. Ses recherches portent principalement sur les relations entre les Jésuites et les Autochtones en Amérique du Nord, sur l’histoire du livre manuscrit en Amérique et sur les collectionneurs du XIXe et XXe siècles.  

Vendredi 2 février 2024

12h30 – 13h45 — Montréal

En comodal local A-6290 et zoom
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

Encyclopédisme et récits de voyage. La représentation du Canada à la fin du XVIIIe siècle dans l’Encyclopédie méthodique de Panckoucke

Présenté par Lyse Roy et Camille Payeur 
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L’Encyclopédique méthodique a construit un discours sur le Canada autour de la notion de liberté comprise de façon très large, notion très prisée des philosophes des Lumières. Celle-ci apparait explicitement ou implicitement dans ses dimensions plurielles, certes juridiques, mais aussi personnelle, politique, économique, religieuse et même sexuelle. Nous verrons que la notion de liberté participe à la construction de l’Altérité, d’un discours sur sa propre identité et celle de l’Autre. Elle permet ici de définir des rapports de domination entre les nations et entre les genres. Nous nous intéresserons aux récits de voyage qui ont alimenté cette représentation, plus spécifiquement l’Histoire philosophique et politique des établissements et du commerce des Européens dans les deux Indes paru en 1770, de l’abbé Guillaume-Thomas Raynal et auquel contribuent de nombreux philosophes des Lumières dont Denis Diderot. Ce récit de voyage philosophique, souvent qualifié d’encyclopédique, dénonce notamment le despotisme, le colonialisme, l’esclavage et se porte à la défense de la liberté et de la révolution des colons américains.

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Lyse Roy est professeure au département d’histoire à l’UQAM où elle enseigne l’histoire de l’Europe moderne. Elle est membre du GRHS et du CIREM 16-18 et co-dirige avec Peggy Davis le projet de recherche Récits de l’ailleurs : réception et lecture des ouvrages viatiques illustrés des XVIIe-XVIIIe siècles (CRSH).

Camille Payeur est étudiante au doctorat en histoire à l’UQAM et à l’Université Versailles Saint-Quentin-En Yvelines, sous la direction des professeurs Lyse Roy et Grégoire Holtz. Ses recherches portent sur les récits de voyage publiés à Paris aux XVIIe et XVIIIe siècles, dans une perspective attentive à la production et aux stratégies éditoriales des imprimeurs-libraires parisiens.

 

Vendredi 8 mars 2024

12h30 – 13h45 — Montréal

Via Zoom
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

D’images en objets : estampes, événements et transmédialité au 18e siècle

Présenté par Stéphane Roy 
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Dès ses origines, la gravure a été reconnue comme un art utile, apprécié pour sa capacité à transmettre et perpétuer les modèles, qu’il s’agisse de tableaux ou de dessins, célèbres ou méconnus. La gravure arrache aussi à l’oubli les faits divers qu’elle multiplie et met à la portée du plus grand nombre; elle peut même, dans certains cas, créer l’événement. Cela dit, l’étude de la transmission des savoirs par l’image imprimée se déroule habituellement en vase clos car les processus de diffusion sont analysés de manière séquentielle, d’estampes en estampes : ici, une gravure sera examinée en raison de sa reprise « trait pour trait » par d’autres graveurs; là, on s’intéressera à la généalogie d’une estampe en séquençant ses transformations dans le temps, passées au crible des bouleversements sociaux ou politiques. Nous aimerions ici proposer une lecture de la gravure qui sorte de ce cadre autoréférentiel en nous attardant au passage de l’estampe vers d’autres mediums, comme la céramique, la broderie et les arts décoratifs en général. À l’aide de quelques exemples, nous montrerons comment l’estampe parvient à se mouvoir aisément d’un médium à un autre, favorisant ainsi la transmission des savoirs, d’images en objets.

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Stéphane Roy est professeur adjoint à la School for Studies in Art and Culture de l’université Carleton. Il s’intéresse à l’histoire de la gravure et à la circulation des imprimés au 18e siècle, ainsi qu’aux discours sur l’estampe du 18e au 21e siècle.

Vendredi 12 avril 2024

12h30 – 13h45 — Montréal

En comodal local A-6290 et Zoom
https://uqam.zoom.us/j/89265629687

L’archivage des savoirs géographiques dans un contexte colonial

Présenté par Jean-François Palomino
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La carte géographique a été un outil employé de façon récurrente par des officiers d’État français dans un contexte de colonisation de territoires nord-américains. Des centaines, voire des milliers de cartes sont aujourd’hui conservées dans des collections d’État construites à l’époque moderne. Créées dans diverses circonstances et expédiées depuis Québec et d’autres lieux d’implantation coloniale, ces cartes visaient généralement à consigner et faire circuler vers la métropole des informations clés sur les territoires nord-américains, leurs habitants et leurs ressources. Cette conférence s’intéresse à des étapes spécifiques de la circulation des savoirs : la réception et la lecture des cartes en métropole, ainsi que leur archivage dans des dépôts constitués pour rendre plus efficace l’administration d’un empire colonial. Un éclairage soutenu sera porté notamment sur les traces matérielles à la disposition des historiens pour documenter ce segment de la circulation des savoirs dont les modalités ont évolué avec le temps.

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Après plus de vingt ans à Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Jean-François Palomino s’est joint en 2023 au département d’histoire de l’UQAM à titre de professeur. Ses travaux portent sur la constitution, la circulation et la réutilisation des savoirs géographiques en Nouvelle-France. Il explore un ensemble varié de dispositifs d’observation et de représentation du territoire (arpentage, hydrographie, topographie, toponymie, etc.) afin de mieux apprécier le rapport entre ces savoirs et la consolidation de l’empire colonial français. Il fait appel entre autres aux outils et aux méthodes des humanités numériques pour labourer son champ d’investigation.

Axe de recherche correspondant ___