Les solutions sceptiques de David Hume

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du GRHS

Ce projet est dirigé par
Dario Perinetti
Université du Québec à Montréal

David Hume (1711-1776) est connu comme l’une des figures les plus influentes de l’histoire de la philosophie. Il est également largement reconnu pour avoir formulé et fourni des idées séminales à de nombreux travaux contemporains en philosophie. Pourtant, les critiques ne sont toujours pas d’accord lorsqu’il s’agit de caractériser les motivations philosophiques globales de Hume. Les chercheurs s’efforcent de concilier l’engagement de Hume en faveur du scepticisme, c’est-à-dire la remise en question de la possibilité même de la connaissance, avec le naturalisme qui anime sa science positive de la nature humaine.

L’objectif général de ce projet est de démontrer que les motivations apparemment incohérentes de Hume répondent pourtant d’une certaine unité lorsque nous reconstruisons les vues de Hume comme celles d’un sceptique constructif. De fait, le projet de Hume est mieux compris si l’on considère qu’il propose des solutions sceptiques à des problèmes sceptiques, et des solutions fondées sur une compréhension attentive de l’action humaine, lorsqu’elle s’enracine dans la nature, se déploie dans l’histoire et s’exprime dans la société. Ce projet propose qu’un problème sceptique commence par une énigme concernant une croyance fondamentale mais problématique. Cette énigme déclenche une enquête sur l’origine de l’idée que nous nous faisons de l’objet de cette croyance. L’enquête révèle que, contrairement à nos attentes, l’origine de cette idée se trouve non pas dans la structure profonde de la réalité ou dans un soi intérieur constitué, mais dans les rouages de l’imagination, des passions et autres sentiments. La découverte de l’origine réelle de ces idées entraîne parfois une révision de la croyance. En d’autres cas, la solution consiste à découvrir que l’idée problématique est en fait une « notion confuse », compréhensible uniquement dans sa relation avec la pulsion psychologique qui l’a provoquée. L’examen sceptique révèle les caractéristiques fondamentales de la machinerie complexe qui constitue les agents humains. Ces solutions sont sceptiques parce qu’elles montrent qu’une certaine croyance concernant des objets qui ne sont pas empiriquement détectables est mal fondée et inintelligible, mais qu’elle pourrait être reformulée en termes de relation avec des choses elles-mêmes évidentes : les activités de l’imagination et nos impressions de réflexion (passions, dispositions, sentiments moraux et esthétiques). Ces rectifications ont des conséquences non seulement théoriques mais aussi pratiques. Le scepticisme de Hume n’est pas conservateur ou quiétiste. Au contraire, il conduit à une position critique. Car il montre que ce n’est pas parce que certaines croyances fondamentales sont naturelles et irrésistibles qu’elles sont vraies ou correctes. En outre, le scepticisme constructif de Hume affirme que suivre aveuglément ces croyances peut non seulement nous égarer épistémiquement parlant, mais, pire encore, nous faire adopter dans la vie commune des attitudes dogmatiques qui nuisent à l’échange pacifique d’idées dans la vie sociale. Le scepticisme conduit à un examen critique des caractéristiques de la nature humaine responsables de ces croyances problématiques. Cette réévaluation permet à son tour d’acquérir une distance critique vis-à-vis de nos sentiments et dispositions naturels. La possibilité d’apporter des solutions sceptiques dépend donc d’une « science de la nature humaine » naturaliste.

 


David Martin, « Portrait of the philosopher and historian David Hume, half-length facing forward, wearing a coat with brocade and with his arm resting on a pile of books », 1766, British Museum.
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