Les républiques contemporaines naissent dans des conflits déchirants (guerres civiles, guerre européenne, voire mondiale avec les empires coloniaux directement impliqués), aux États-Unis d’Amérique, dans les Provinces-Unies, en France, en Italie,  en Suisse, en Espagne, et en retour dans les espaces colonisés – non sans que la première puissance mondiale, l’Angleterre, ne soit sévèrement secouée. Un monde apparaît, que la révolution anglaise de 1688 avait contribué à fonder mais, pour autant, sans avoir réalisé la pensée des pères fondateurs du nouveau pacte social, tel que Locke le définit dans ses deux traités Du Gouvernement civil (1690-1691). D’autres concepts vont travailler le XVIIIe siècle et aider à penser le renversement des régimes dits anciens pour laisser place aux « nouveaux régimes », portés par des révoltes économiques, sociales et politiques. Quelles que soient leurs différences et leurs particularités, bien des traits communs relient les expériences révolutionnaires qui vont secouer l’Europe et l’Amérique surtout, mais aussi l’Océan indien à partir de la fin de la guerre de Sept ans.

Porté par l’Institut d’histoire de la Révolution française (IHRF), ce projet international – Cité républicaine, ou CITERE – entend réunir plusieurs équipes de recherche et proposer des activités régulières et des collaborations nouvelles, depuis de nouvelles cotutelles de thèse jusqu’à l’organisation de séminaires conjoints et de colloques internationaux. Paris bien sûr, mais aussi Cologne en Allemagne, Oxford au Royaume-Uni, Milan en Italie, Saragosse en Espagne, et Montréal grâce au GRHS, sont réunis pour entreprendre cet ambitieux chantier de recherche.

Si l’IHRF a intégré le projet dans son séminaire 2014-2015, le GRHS organisera le premier atelier international sur la Cité républicaine : Inventer la Cité républicaine : identités locales, résistances, insurrections, 1770-1848Cet atelier se tiendra à l’Université du Québec à Montréal les 27 et 28 avril 2016 et réunira une équipe de 17 chercheurs.

Qu’est-ce que la cité républicaine et comment comprendre ces deux termes, à la fois abstraitement et concrètement ? Abstraite, la cité républicaine est un concept qui renvoie à toute la littérature de l’utopie républicaine, du XVIe au XVIIIe siècle. La cité républicaine est « un rêve s’il en fût jamais » (Louis-Sébastien Mercier, 1770). Elle est un pays de cocagne à atteindre dans l’espoir d’y fonder définitivement la liberté, l’égalité, à terme la fraternité, puisque l’immense contradiction constitutive de la République démocratique, comme ne manquent pas de s’en apercevoir tous les pères fondateurs, repose sur cette immense difficulté à construire des modèles d’économie politique libérale, facteur d’inégalités destructrices du tissu social, et en même temps d’élaborer une protection sociale pour les plus nombreux, pour que les richesses d’une minorité ne servent pas une nouvelle aristocratie en république, pire que la noblesse dans la monarchie abolie.

Deux grands enjeux constituent les principaux objectifs de l’atelier. Il s’agira de réfléchir, dans le cadre de ces deux journées et dans une perspective interdisciplinaire cherchant à épaissir les différents contextes d’interprétation,

  • Aux conditions de formation et d’adaptation des identités locales, faites de réseaux étroits et saisis dans des laboratoires réduits d’observation, dans la ville au tournant du XIXe siècle. Plutôt que de prendre corps et de s’affirmer dans une référence au passé, les identités peuvent aussi s’inscrire et s’entendre dans un temps non advenu, dans un avenir qui peut seulement être atteint par et dans l’action. Ce sont ces conditions que nous interrogerons dans une perspective comparative et croisée.
  • A l’opérabilité et à la pertinence des notions de résistance et d’insurrection.  Le substantif insurrection est nouveau au XVIIIe siècle et ne se trouve ni dans le Dictionnaire de Trévoux (1740), ni dans celui de l’Académie (1762). On le trouve cependant dans l’Encyclopédie, au volume 8 (1766), sous la plume du chevalier de Jaucourt. « On nommoit ainsi le droit de soulevement accordé aux citoyens de Crete, lorsque la magistrature abusoit de sa puissance et transgressoit les lois. Alors il étoit permis au peuple de se soulever, de chasser ses magistrats coupables, de les obliger de rentrer dans la condition privée, et d’en nommer d’autres à leur place ». Quant à la notion de résistance, elle fut largement utilisée au XVIIIe siècle dans le discours scientifique de la physique mécanique, mais ne sera consacrée dans son acception politique qu’au XIXe, et surtout au XXe siècle. Pourtant, la notion nous apparaît utile pour penser la transition entre la formation des identités locales et l’insurrection comme action politique, et méritera ainsi d’être explorée à travers les différents espaces où elle a pu se manifester. Ces deux concepts du langage révolutionnaire, nouveaux et portés par la période qui nous intéresse, nous permettent de penser la mobilisation politique en temps de révolutions. La résistance et l’insurrection peuvent-elles être pacifiques? Sous quelles conditions, sous quelles formes, et quelles sont les seuils d’un basculement vers la violence ?
Participeront à l’atelier Sophie Abdela (UQAM/UCBN), Tassos Anastassiadis (McGill), Pascal Bastien (UQAM), Geneviève Boucher (Ottawa), Gabriel Cotte (UQAM), Jean-Luc Chappey (Paris I), Susan Dalton (Université de Montréal), Peggy Davis  (UQAM), Paul Friedland (Cornell), Maurizio Gribaudi (EHESS), Geneviève Lafrance (UQAM), Jean-Philippe Luis (Clermont-Ferrand), Virginie Martin (Paris I), Christine Métayer (Université de Sherbrooke), Julien Puget (GRHS/UQAM), Frédéric Régent (Paris I), Pedro Rujùla Lopez (Saragosse), Pierre-Yves Saunier (Université Laval), Pierre Serna (Paris I) et Thomas Wien (Université de Montréal).

Programme préliminaire

9h30-10h00 :

Allocution d’ouverture
(Pascal Bastien, UQAM-GRHS et Pierre Serna, Paris I – IHRF)

10h00-12h00 :

Révolutions atlantiques, méditerranéennes, transnationales
(sous la présidence de Thomas Wien, Université de Montréal)

  • Pierre Serna (Paris-I), « La ville républicaine : utopie révolutionnaire? »
  • Virginie Martin (Paris-I), « Gouvernance diplomatique vs gouvernement militaire dans les républiques-sœurs : contradictions et apories de la Grande Nation »
  • Tassos Anastassiadis (McGill), « Synchronie et diachronies de l’idée de République dans les milieux pré-révolutionnaires grecs ».
  • Peggy Davis (UQAM), « Les estampes du Champ d’Asile : entre propagande libérale et imaginaire national »

12h00-13h30 :

Lunch

13h30-15h30 :

Communautés de papier et territoires d’écriture
(sous la présidence de Susan Dalton, Université de Montréal)

  • Pascal Bastien (UQAM), « La cartographie du Journal de Hardy (1753-1789) : l’écriture dans la ville, l’écriture de la ville et le journal comme espace »
  • Jean-Luc Chappey (Paris-I), « Actions d’écriture et construction de l’espace urbain en Révolution »
  • Geneviève Boucher (U. Ottawa), « La « semaine mémorable » et l’imaginaire de l’insurrection dans Le Nouveau Paris de Mercier »
  • Geneviève Lafrance (UQAM), «La visite au cul-de-jatte. Sociabilité urbaine et célébrité dans “Le tireur de cartes” de Louis Sébastien Mercier»

16h00-17h30 :

Dany Fougères (UQAM) : « Les élus du peuple, cette source de toute autorité. L’administration locale de Montréal dans la première moitié du XIXe siècle : des juges de paix au Conseil de ville ».

18h00-22h00 :

Banquet, ITHQ

9h00-10h30 :
La ville, chantier des identités

(sous la présidence de Christine Métayer, Université de Sherbrooke)

  • Julien Puget (GRHS – UQAM), « Se mobiliser pour sa rue : ‘citadinité’ et intérêt public à Paris et Marseille face à l’aménagement urbain au siècle des Lumières »
  • Maurizio Gribaudi (EHESS), « Pratiques sociales et formes urbaines – Paris 1780 – 1850 »
  • Sofi Abdela (UQAM – UCBN), « De Foucault à l’histoire urbaine, ou comment repenser la prison d’Ancien Régime »

11h00-12h30 :
Maurizio Gribaudi : « La France qui voyage : présentation du projet GeoHistoricalData ».

12h30-14h00 :
Lunch

14h00-16h00 :
Résistances et contre-révolutions : acteurs, méthodes, pratiques

(sous la présidence de Pierre-Yves Saunier, Université Laval)

  • Paul Friedland (Cornell University), « ‘Citoyens, de quelque couleur qu’ils soient’ : Race and Revolution in the French Caribbean »
  • Frédéric Régent (Paris-I), « Armement, révoltes et révolutions dans les sociétés esclavagistes des colonies françaises »
  • Pedro Rujula (U. de Saragosse), « La ville contre-révolutionnaire : anciens joueurs, nouvelles méthodes »
  • Jean-Philippe Luis (U. Clermont-Ferrand), « Les réseaux de la contre-révolution en Espagne : réflexions sur les limites de l’idéologie dans l’engagement politique ».

16h00-17h00 :
Penser localement, penser globalement la cité républicaine : synthèse et débats
(synthèse présentée par Gabriel Cotte, UQAM)

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