Vivre l’enfermement (XIIIe-XIXe siècles).

Vivre l’enfermement (XIIIe-XIXe siècles).

Iconographie : Augustus Pugin et Thomas Rowlandson, Fleet Prison, 1808, National Portrait Gallery.

Du 10 au 12 mai 2021

Journées d’études

Depuis au moins 40 ans, l’espace public canadien est déchiré par deux récits contradictoires au sujet des conditions de vie des détenus : une vision conservatrice et sécuritaire dénonce les privilèges dont profiteraient les condamnés au pénitencier, jouissant d’un toit, de repas et de téléviseurs gratuits ; alors qu’une autre vision, plus progressiste, s’inquiète des problèmes criants d’hygiène, de santé mentale et d’abus qui infectent le quotidien carcéral. La Protectrice du citoyen du Québec dénonce, dans son rapport 2017-2018, la surpopulation des prisons qui augmente les risques de violence et met en danger la sécurité des détenus (Rapport annuel d’activités, 2018). Plus récemment, avec la crise sanitaire de la Covid-19, on a rapidement interrogé l’abandon dont souffrent les détenus, au Canada et ailleurs dans le monde, conduisant la Ligue des droits et libertés, l’Association des avocats et avocates en droit carcéral du Québec et Solidarité sans frontières à régulièrement interpeler les autorités provinciales et fédérales à ce sujet.

Or, ce sont les 13e-19e siècles qui ont été les premiers à réfléchir à la prison comme instrument de droit pénal. En fait, depuis plus de 300 ans, on trouve les mêmes reproches, et les mêmes échecs. Quel sens donner à ces répétitions? L’histoire ne sert pas à conserver le passé, mais à inventer le futur : comment l’histoire moderne peut-elle participer à dénouer l’impasse et à s’attaquer concrètement à ce constat?

Des historien.ne.s ont bien tenté de comprendre les origines de cette faillite sans cesse renouvelée de l’enfermement. Ils ont apporté plusieurs réponses structurelles : le développement de la bourgeoisie capitaliste, l’avènement de dispositifs disciplinaires visant à contrôler les couches populaires, ou encore le démantèlement de l’organisation communautaire. Malgré leur valeur scientifique et heuristique, ces réponses demeurent incomplètes car elles omettent un élément fondamental : l’individu.

Trop occupés à chercher comment l’enfermement doit modifier les individus, l’historiographie n’aurait-elle pas oublié de considérer comment les individus, eux, peuvent transformer l’enfermement? C’est précisément ce terrain d’étude que veulent investir les journées Vivre l’enfermement : une nouvelle histoire (13e-19e siècle). L’événement vise à ouvrir un pan nouveau de la recherche en misant sur une histoire vécue, tant chez les reclus que chez leurs gardiens. 

Ces journées d’étude ont pour objectifs de mettre au point une démarche commune et novatrice qui (1) prendra en compte toutes les formes de l’enfermement (prisons, hôpitaux psychiatriques, monastères, etc.); (2) englobera une large période (de la fin du Moyen Âge au XIXe siècle); et (3) inclura des espaces aussi variés que le Canada, la Belgique, les Antilles et la Russie. Ces journées consolideront des collaborations internationales tout en favorisant le décloisonnement de la recherche. Le projet aura aussi pour résultat d’assurer que la relève en histoire de l’enfermement soit soutenue, ce qui facilitera grandement l’insertion professionnelle des jeunes chercheur.e.s. En outre, les résultats des échanges seront publiés sur notre carnet Hypothèses afin d’en assurer la diffusion aux pairs. Finalement, le projet mènera à la diffusion sur la plateforme web Criminocorpus d’une exposition virtuelle d’archives à laquelle contribueront tous les participant.e.s.

Programme provisoire ___

Lundi 10 mai

9h30-10h30 – Mot d’ouverture (Sophie Abdela, Sherbrooke et Pascal Bastien, UQAM)

10h30-12h – Panel 1 : Dépôts, monastères et îles de relégation : les multiples avatars de l’enfermement 

  • Vincent Milliot (Paris 8), « Une prison ‘modèle’ à l’ombre de Parus? Le dépôt de mendicité de Saint-Denis (1768-1792)
  • Anthony Santilli (Université de Naples Orientale), « Entre proximité et promiscuité. Vivre l’enfermement dans les petits espaces insulaires : le cas des îles de Ventotene et Santo Stefano (1770-1840) » 
  • Lena Marasinova (Russian Academy of Science), « Punishment by Penance : Monasteries as Place of Confinement of Secular Criminals in 18th Century Russia » 

13h-14h30 – Panel 2 : Routines, organisations et stratégies carcérales 

  • Adrien Pitor (Paris 4), « Habiter la Conciergerie. S’approprier l’environnement carcéral au XVIIIe siècle »
  • Anna Baryshnikova (Higher School of Economics, Moscou), « Life in 17th Century Russian Prisons : a Look From the Inside ».
  • Xavier Rousseaux (Louvain-la-Neuve), « Prendre soin du détenu : compagnies de la Miséricorde, Conseils charitables et Commissions des prisons dans l’espace belge à travers les révolutions (1750-1830) »

14h30-16h – Table-ronde des acteurs du milieu (gardiens de prison, Alter Justice, ASRSQ) 

16h-17h – Conférence plénière

  • Marc Renneville (CNRS), « Les enfermements d’un vagabond criminel. Vacher, tueur de bergers »

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Mardi 11 mai

9h-10h30 – Panel 3 : Invoquer, supplier et subir : les détenus et l’autorité 

  • Inès Glogowski (Louvain-la-Neuve), « L’implication du procureur général de Brabant face aux expériences de l’enfermement à la fin du XVIIIe siècle »
  • Aurélien Peter (Paris 1), « Dernier jour de prisonniers et métamorphose. La prononciation des décisions du Parlement de Paris à la Conciergerie du Palais à l’époque moderne »
  • Romain Benoît (Rennes 2), « Vivre sous la menace du bâton de maréchal : expériences carcérales et enfermements pour affaires d’honneur en France au XVIIIe siècle »

10h30-12h – Panel 4 : Être prisonnière : le genre enfermé 

  • Natalia Muchnik (EHESS), « A Whore entering into prison is a Hony-Pot. Les geôles au féminin (XVIe-XVIIIe siècle) »
  • Donald Fyson (Université Laval), « Genre et vécu carcéral : subir et survivre l’emprisonnement à Québec au XIXe siècle »
  • Fleur Beauvieux (EHESS), « Enfermer les contagieux et les contagieuses à Marseille pendant la peste : entre manque d’intimité et réorganisations socio-familiales » 

13h-14h – Panel 5 : Parents et enfants : les familles déchirées de l’enfermement 

  • Renaud Morieux (Cambridge), « Captivité de guerre, familles et communautés épistolaires (France, Grande-Bretagne, XVIIIe siècle) »
  • Falk Bretschneider (EHESS), « Les enfants de la cité fermée. Grandir dans les institutions d’enfermement de l’aire germanique à l’époque moderne ».

14h-15h30 – Conférence de clôture 

  • Van Maghellem, « Arrêt sur image : photographier la misère carcérale »

15h30-16h – Bilan du colloque 

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Mercredi 12 mai

Visite de terrain dans la prison de Trois-Rivières au Musée POP

https://museepop.ca/vieille-prison/historique 

UQAM,
Salle des Humanités, DS-1950.
320 rue Sainte-Catherine Est,
Montréal, H2X 1L7

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